Il est vingt heures. Les outils sont rangés, mais la présentation de votre nouvelle réalisation reste à écrire. Vous demandez de l’aide à une IA et recevez un texte bien construit, rempli de « passion » et d’« excellence ». Tout semble correct. Pourtant, vous ne vous reconnaissez pas.
Pour garder votre voix, commencez par donner à l’IA quelque chose qui vient de vous.
Partir du travail réel
Une demande comme « écris une publication pour mon atelier » laisse beaucoup de place aux généralités. Avant de lancer l’outil, notez ce que vous avez fait, pour qui, avec quelle matière et avec quelle particularité. Vous n’avez pas besoin de phrases élégantes : des notes brèves constituent déjà une bonne base.
Pour un menuisier, cela pourrait donner : « Petite table en frêne. Plateau aux angles arrondis. Fabrication pour une cuisine étroite. Finition huilée. Je veux montrer le travail sur les chants. » Cet exemple fictif contient des détails à raconter. Il ne demande à l’outil ni d’inventer une histoire, ni de deviner les caractéristiques du meuble.
Précisez aussi où le texte sera lu. Une légende de photo, une réponse à un devis et une page de présentation ne rendent pas le même service. Le destinataire et l’action attendue aident à choisir ce qui mérite de rester.

Donner un exemple de votre manière de parler
Dans sa documentation, Anthropic recommande des instructions explicites, du contexte et des exemples pour orienter le ton et la structure d’une réponse. [1] Ce principe peut se traduire très simplement dans un atelier : fournir quelques lignes que vous avez écrites vous-même, puis dire ce que vous aimez dans ce ton.
Préférez une indication concrète : « Je vouvoie mes clients, j’utilise des phrases courtes et je décris les étapes du travail. » Ajoutez, si nécessaire, les expressions que vous ne souhaitez pas employer. Cela aide à définir votre style ; le résultat demande encore votre relecture.
Vous pouvez aussi demander deux versions d’un même texte : une très directe, une plus descriptive. Sélectionnez les formulations qui vous ressemblent, puis assemblez-les. L’objectif est de trouver des mots que vous pourriez prononcer à l’atelier.
Un exemple à essayer
Voici une consigne fictive pour présenter la table évoquée plus haut :
Aide-moi à écrire une légende de 70 mots maximum pour les photos d’une table que j’ai fabriquée. Je m’adresse à des particuliers. Voici mes notes : petite table en frêne, angles arrondis, cuisine étroite, finition huilée, travail soigné sur les chants. Je vouvoie, je parle simplement. Garde uniquement ces faits. N’ajoute ni origine du bois, ni certification, ni délai. Propose une question finale pour inviter à discuter d’un projet.
Une reformulation possible serait : « Une petite cuisine, une table pensée pour y trouver sa place. Pour cette réalisation en frêne, j’ai arrondi les angles et travaillé les chants avant d’appliquer une finition huilée. Vous avez un espace particulier à aménager ? Parlons de ses dimensions et de vos usages. »
Cette formulation est un exemple éditorial, pas le résultat d’un test comparatif. Elle doit être adaptée aux caractéristiques réelles de chaque réalisation.
Relire les faits, puis le ton
Une phrase fluide peut contenir une information fausse. Vérifiez les matières, les dimensions, les prix, les disponibilités et tout engagement ajouté au texte. Si l’outil transforme « bois » en « bois local certifié », la précision est séduisante mais injustifiée sans preuve.
Dans une seconde lecture, retirez ce que vous ne diriez pas. Remplacez une promesse vague par un détail visible. Vous pouvez conserver une tournure spontanée ou une phrase très simple : un texte professionnel peut garder votre personnalité.
Réfléchissez enfin aux informations envoyées à l’outil. Le PFPDT et l’Office fédéral de la cybersécurité rappellent que saisir des données dans une IA peut divulguer davantage d’informations qu’on ne le pense. [2] Pour travailler une légende, les coordonnées du client ou son devis complet sont généralement inutiles. Préparez plutôt des notes limitées aux faits nécessaires.

Cinq réflexes pour garder la main
- Rassemblez vos faits : matière, geste, usage, contraintes et résultat.
- Définissez le support : dites à qui vous parlez et fixez une longueur utile.
- Montrez votre voix : donnez un court exemple personnel, débarrassé des informations privées.
- Contrôlez les ajouts : vérifiez chaque caractéristique et chaque promesse avant publication.
- Lisez à voix haute : gardez uniquement les phrases que vous pourriez dire à vos clients.
À retenir
L’IA peut vous aider à organiser et reformuler vos idées. La matière du texte et sa validation restent entre vos mains. Plus votre point de départ est concret, plus vous pourrez juger si la proposition raconte correctement votre travail.
Pour votre prochaine publication, commencez par cinq notes prises à l’atelier. Le texte viendra ensuite.
À lire aussi : Instagram suffit-il pour un artisan ? et Raconter son parcours d’artisan.
Sources et crédits
Références consultées le 21 octobre 2026 :
- Anthropic : Prompting best practices, instructions, contexte et exemples.
- PFPDT et OFCS : IA générative au travail et protection des données, 16 octobre 2026.
Les consignes et formulations proposées sont des exemples fictifs conçus par ORBIT. Visuels d’illustration générés par IA pour ORBIT et conçus pour cet article. Ils ne représentent pas les entreprises citées.
